Contrôle pédagogique IEF ce lundi pour Léon
Depuis la convocation, il y a un mois, on en parle à la maison. On prépare. On explique. On anticipe. Pas les contenus, ça, ils sont là, mais la situation. L’interaction, les personnes. Qui va venir. Pourquoi. Comment ça va se passer. Ce qui est possible… et ce qui ne l’est pas. Les enjeux, il les connait depuis longtemps, je tente de les dédramatiser.
Léon connaît déjà l’IEN. Il l’a vu. Mais il n’a jamais eu d’interaction directe avec lui. Et ça n’a jamais été recherché, ni d’un côté, ni de l’autre.
Lors de précédents contrôles, en revanche, il y a eu une interaction avec le CPE qui accompagnait. Et ça s’est mal passé. Pa en apparence, mais il a explosé juste après. Léon s’est senti jugé, dénigré, mis en défaut. Il s’est braqué. Et ce genre de vécu, chez lui, ne s’efface pas. Depuis, ce type de situation n’est plus neutre.
Lors de ce contrôle, le CPE a bloqué Léon sur la manière de tracer le chiffre 4. Pour lui, “ça ne se traçait pas comme ça”. Léon n’a jamais réussi à le tracer en entier, le CPE l’a stoppé dans son geste systématiquement et a fini par lui dire « tu sais pas faire un 4, c’est comme ça qu’on fait un 4 », avec un chouia d’agacement voir d’agressivité.
Ça, ça ne s’est pas passé. Léon est resté avec ça. Quand Léon se braque, c’est du genre définitif. Et il me l’a dit très clairement : « Maman, y a plusieurs façons de faire un 4 !! Il est bête et méchant. »
À partir de là, l’interaction n’était plus possible. Parce que ce n’était plus un échange. C’était un jugement. Et ça, Léon ne peut pas faire avec.
J’ai demandé qui serait la personne accompagnante cette fois : la référente TSA. J’ai cherché sa photo pour que Léon puisse mettre une image sur un nom. Je lui ai expliqué qu’elle connaissait l’autisme. En général, ça l’aide : il sent très vite la différence entre les personnes qui comprennent vraiment l’autisme et les autres. Une posture différente, plus de respect.
Hier, on en a reparlé. Je lui ai expliqué : « Au début, je vais parler avec les deux personnes, expliquer comment on travaille, ce que tu fais, montrer tes cahiers, tes supports. Tu veux être avec nous ou pas ? »
– « Non. J’aime pas quand on parle de moi. Tu sais bien. »
– « Ok. Tu veux être dans le salon avec Elena ou dans ta chambre, avec ou sans elle ? »
– « Dans ma chambre, avec Elena. »
– « D’accord. Et quand je t’appellerai pour venir les voir, parler avec eux, montrer toi-même tes cahiers, peut-être faire un petit atelier Montessori ou de lecture comme on fait tous les deux… tu viendras ? »
– « Je sais pas maman. Je crois que non. C’est pas que je veux pas : C’est que je peux pas. Dedans, c’est bloqué. Et eux, c’est pas des copains. Eux, ils viennent pour dire si je peux rester à l’école à la maison ou si je dois aller dans leur école. Et eux… ils comprennent rien. Faut faire comme ci, faut faire comme ça et blabla »
J’ai essayé une autre porte.
– « Et la dame, peut-être qu’elle est gentille. Peut-être que tu arriveras à lui parler ? Et si elle venait te voir, avec moi, dans ta chambre ? Tu pourrais lui montrer comment tu games, lui parler de tes jeux. »
– « Je sais pas… Mais maman, si je peux pas, tu me forces pas. Rien que d’y penser, là, je suis déjà en crise à l’intérieur. Tu leur montreras les vidéos de quand je travaille… »
Alors j’ai répondu simplement : Personne ne va te forcer.
Parce que préparer un contrôle IEF avec un enfant autiste, ce n’est pas le rendre “présentable”. Ce n’est pas obtenir une interaction à tout prix. C’est respecter des limites réelles, même quand elles ne se voient pas. C’est entendre un « je peux pas » comme un empêchement réel, pas comme un refus.
Et moi aussi, je me prépare. Parce que je tiens à ce que ce contrôle respecte la loi et mon enfant. Depuis la nouvelle loi, ce n’est plus la même chose, malgré une loi identique sur les contrôles, je (et l’ensemble des familles) sentons les pressions plus fortes et les glissements fréquents.
Et clairement, aujourd’hui, je n’ai pas les “cuillères” pour gérer ça avec zénitude. Je suis moi-même en surcharge. Je flirte avec le shutdown, parfois le meltdown. Alors je m’appuie sur le cadre légal, sur des faits, sur des traces, sur ce qui est réel., pas pour me battre, mais pour tenir et pour protéger.
Lundi, il y aura des échanges, des supports, des traces, du vécu. Et j’espère : du respect et de la bienveillance. Parce qu’au fond, c’est tout ce qu’on demande.
On a eu des contrôles, dans le passé, réellement bienveillant et même soutenant, avec des IEN et des CPE vraiment chouettes et des enfants qui interagissaient, donc, avec eux avec plaisir (Elena, on a même dû la stopper, elle arrêtait pas de parler, de leur faire des démonstrations de danse, de chant et raconter sa vie ! et un IEN ASH qui nous a émue, ma grande et moi, à nous faire monter les larmes, face à sa posture positive et porteuse envers ma grande et ses TND, à souligner chacun de ses progrès, même infimes, subtils, chacune de ses réussites, chacun de ses efforts ; ses félicitations pour moi et sa grande compétence en apprentissages/TND qui me donnait des conseils judicieux et adaptés – des conseils/des essais, pas des injonctions). Qu’ils me manquent !

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